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Morbihan L'Assemblée Nationale Actualité
 
Colloque OTAN
Lundi 23 Mars 2009

Mercredi 1er avril 2009 à 17 heures à l'Assemblée Nationale, colloque sur la France et l'Otan avec Dominique de Villepin.

 

Pour participer au colloque, demander par mail une invitation à fgoulard@assemblee-nationale.fr en précisant bien votre adresse pour recevoir une invitation par courrier.


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Affaire TAPIE : une commission d'enquête est nécessaire
Mardi 16 Sept. 2008

400 millions d'euros : c'est une somme modeste au regard des 15 milliards qu'auront coûté au total les déboires du crédit lyonnais nationalisé. Et cependant, 400 millions, dans la situation budgétaire que nous connaissons, c'est un montant qui mérite considération.

 

400 millions, c'est le montant attribué par un tribunal arbitral à M. Tapie et à ses liquidateurs. Tous calculs faits, on estime à 100 ou 150 millions le montant qui finalement reviendra à l'intéressé. Et dans ce montant, figurent 45 millions d'euros, reçus au titre du "préjudice moral", somme non imposable, qui sans doute est la plus mal admise.

L'Etat a-t-il bien géré les suites ultimes de ce dossier ancien ? Les intérêts de l'Etat ont été protégés ? Fallait-il s'en remettre à un tribunal arbitral, au lieu de laisser aller le cours de la justice ? Fallait-il admettre la sentence arbitrale telle qu'elle a été rendue ?

Toutes ces questions, auxquelles je n'avais pas de réponses préconçues, je me les suis posées en tant que citoyen, en tant que parlementaire, en tant que membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale, à laquelle revient la mission de veiller au bon emploi des fonds de l'Etat. La commission des finances a procédé à plusieurs auditions de protagonistes de l'affaire, et j'ai pour ma part tenté de m'informer par diverses sources.

Je suis loin de tout savoir de ce dossier. Mais ce qui est désormais certain à mes yeux, c'est que la sentence arbitrale est incroyablement favorable aux thèses, et aux demandes financières de M. Tapie. Ce qui est certain à mes yeux, c'est que les thèses de M. Tapie présentent des éléments de fragilité, pour m'exprimer avec mesure, qui n'autorisaient pas de faire droit ainsi à ses demandes. Ce qui ressort aussi de manière évidente, c'est que l'évaluation du préjudice moral subi par M. Tapie, à supposer même qu'on admette sa réalité, ce qui est contestable, est non seulement déraisonnable, mais carrément délirante.

Le recours à l'arbitrage, exceptionnel quand l'Etat est directement intéressé, n'est pas, de mon point de vue, à exclure systématiquement. Il est vrai qu'il est rare de voir un arbitrage intervenir après un arrêt de la Cour de cassation, surtout lorsque cet arrêt est favorable à l'Etat. Mais force est de constater que cet arbitrage-là est catastrophique pour l'Etat. Dès lors, deux questions se posent : pourquoi n'avoir pas placé des gardes-fous avant d'accepter l'arbitrage, demandé, rappelons-le, par M. Tapie et ses liquidateurs ? Pourquoi avoir accepté que les arbitres se prononcent sur des demandes aussi exorbitantes (50 millions d'euros pour le préjudice moral, sur lesquels 45 millions ont été accordés) ? Pourquoi n'avoir pas tenté des voies de recours ? Ces questions restent pour moi sans réponse. Je n'arrive pas à croire que M. Tapie ait bénéficié auprès de l'actuel pourvoir de la complaisance qu'il a cherchée et trouvée auprès du pouvoir socialiste au début des années 90.

Mais face à ces interrogations qui sont graves, face à ces doutes, face à ces zones d'ombre qui demeurent, une commission d'enquête, qui a de réels pouvoirs d'investigations, me semble une nécessité. Ceux qui prendraient la responsabilité de la refuser renforceraient la suspicion.


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A propos de la révision constitutionnelle
Jeudi 24 Juillet 2008

Le vote par le Congrès, ce 21 juillet, du projet de révision constitutionnelle, ne restera pas comme un épisode très glorieux de notre histoire politique. Cette majorité qualifiée à une voix, obtenue à force de promesses et de menaces, au prix de reniements et de revirements n'est pas de celles qui confèrent à un texte une forte légitimité.

 

La droite et la gauche ont rivalisé en médiocrité, les arguments, lourds et usés, de la solidarité avec son camp ayant fait office de bonnes raisons de voter pour ou contre.

A vrai dire, la préparation et le déroulement du scrutin furent à l'image de la réforme elle-même : sans hauteur et sans valeur. Ce texte est un assemblage de dispositions hétéroclites, quelques unes baroques, quelques unes positives, quelques unes grotesques, sans aucune vision ni ligne directrice. Intellectuellement, il est du niveau d'un catalogue électoral, non d'une révision constitutionnelle digne de ce nom. Ceci n'a rien d'étonnant ; nous savons quelles étaient les intentions du Président de la République : modifier notre constitution pour reléguer le Premier ministre à une place parfaitement subalterne, et conférer, non seulement une prééminence, mais le monopole de l'exercice du pouvoir au chef de l'Etat. Il souhaitait tout bonnement mettre les textes en accord avec sa pratique institutionnelle. Il a renoncé à la modification de la constitution sur ce point fondamental, pour la simple raison qu'il n'avait strictement aucune chance de réunir une majorité pour la voter.

Mais son projet initial était assorti de dispositions diverses, allant plutôt, en apparence, dans le sens d'un renforcement de certaines prérogatives parlementaires et des droits des citoyens. Comme le Président ne pouvait abandonner le projet d'une révision même si l'essentiel était oublié, nous eûmes à nous prononcer sur les dispositions résiduelles. Celles-ci n'obéissent à aucune logique particulière, puisque leur vocation initiale était de servir d'accompagnement à un corps de texte désormais oublié. L'incohérence n'est d'ailleurs pas loin : certaines dispositions n'avaient de sens que dans la perspective d'une modification des pouvoirs respectifs du Président et du Premier ministre : ainsi la venue du Président devant le congrès pouvait se comprendre – non être approuvée – dans l'hypothèse d'un effacement constitutionnel du Premier ministre. Dans la version résiduelle, c'est une disposition dépourvue de toute signification, puisque le responsable de la politique gouvernementale devant le Parlement reste, au regard de notre constitution, le Premier ministre.

Si l'on avait d'ailleurs voulu, nonobstant toute autre considération, accroître les pouvoirs du Parlement, si l'intention avait été sincère, comment ne pas s'étonner des conditions dans lesquelles ce texte a été préparé. Car il est très remarquable que les parlementaires ont été écartés des travaux préparatoires de la réforme. En découle le caractère hétéroclite, partiel et limité de ce qui, prétendument, doit renforcer le rôle du Parlement.

Prenons l'exemple de l'ordre du jour : il est sans doute positif que les assemblées parlementaires retrouvent une liberté dans la détermination de leur ordre du jour. Mais prise isolément, cette disposition sera de peu d'effet, en raison de l'incapacité des parlementaires à alimenter l'ordre du jour de leurs propres travaux. Le Parlement n'a pas les moyens de produire des propositions de lois susceptibles d'occuper la moitié de son temps d'examen des textes, loin s'en faut !

Les vraies limites du pouvoir parlementaire ne sont ni dans la détermination de l'ordre du jour, ni dans l'usage du 49.3 ! Elles sont dans la disponibilité des parlementaires, leur nombre, leurs moyens. La disponibilité des parlementaires pose le problème du cumul : un parlement aux pouvoirs accrus exigerait des parlementaires à temps plein ce qui conduirait à une interdiction totale du cumul des mandats. Le nombre des députés, sujet rarement évoqué, est également un mal français. Nous avons en proportion de notre population un nombre élevé de députés. Cet effectif pléthorique empêche que chacun d'entre eux se voie confier une réelle responsabilité. Or il n'y a de parlement fort qu'à la condition que les parlementaires soient collectivement certes mais aussi individuellement responsabilisés. Dans la configuration actuelle, beaucoup de parlementaires de la majorité ne sont pas une seule fois rapporteur d'un texte durant une législature ! La question des moyens est d'ailleurs liée. Une augmentation des moyens en personnels compétents est nécessaire à l'exercice réel du pouvoir parlementaire. Le parlementaire français est un des moins bien pourvu des grandes démocraties. Mais il est inconcevable de doter 577 députés du nombre de collaborateurs requis par l'exercice de leurs missions.

Au-delà de ces sujets sérieux, importants mais contingents dont peut dépendre le renforcement du rôle du Parlement, il y a un autre aspect qui me paraît plus fondamental. C'est celui de la corrélation indissociable du pouvoir du Parlement et du pouvoir du gouvernement. Dans la constitution de la Vème République, le pouvoir parlementaire repose sur deux piliers : le vote de la loi mais aussi la responsabilité du gouvernement devant le Parlement. Sans majorité parlementaire, il n'y a pas de gouvernement. Mais sans gouvernement pleinement responsable, le pouvoir parlementaire est fondamentalement amoindri. Or, chacun le sait, dans la pratique institutionnelle du Président de la République, le pouvoir est désormais concentré à l'Elysée, où beaucoup de décisions se prennent, qui étaient auparavant du domaine du Premier ministre ou des ministres. Mais ni le Président de la République ni ses collaborateurs ne sont responsables devant l'Assemblée nationale.

Du coup, pour une bonne part, un des pouvoirs fondamentaux du Parlement se trouve vidé de sa substance. C'est pourquoi je ne crois vraiment pas que l'on puisse parler à l'occasion de la révision constitutionnelle, d'un Parlement au pouvoir renforcé.

La mécanique institutionnelle obéit à des principes profonds. Elle réagit mal à des mesures de surface. Elle exige de la cohérence : on ne peut prétendre renforcer le Parlement au moment où on abaisse le gouvernement. Nos institutions ont leur logique ; elles avaient trouvé leur équilibre, que les diverses révisions n'avaient pas fondamentalement affecté, depuis la réforme de 1962 instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel. Notre régime, tel que l'organise notre constitution, est resté un régime parlementaire. La pratique du Président de la République l'en éloigne. Pour autant nous ne nous rapprochons en rien d'un régime présidentiel, caractérisé par un équilibre des pouvoirs inconnu en France. La révision adoptée le 21 juillet par le Congrès ne peut se réclamer d'aucune cohérence avec des principes constitutionnels reconnus. C'est un mauvais texte, et il est totalement déplacé de parler à son propos de modernisation des institutions.


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Une réforme constitutionnelle à l'opportunité douteuse
Mercredi 23 Avril 2008

La réforme constitutionnelle est à nouveau à l’ordre du jour. Elle a été examinée en Conseil des ministres. On se souvient que le Président de la République avait du renoncer à son projet de modifier les articles fixant les rôles respectifs du Président et du Premier ministre, faute d’avoir une majorité en sa faveur. C’est une réforme a minima qui est désormais envisagée. Mais on est en droit de poser la question : à quoi bon ? Et est-ce opportun ?

 

A quoi bon ? Nos institutions ne constituent pas un problème aujourd’hui. Elles ont résisté au temps, depuis 1958 ; elles ont supporté les changements de majorité, la cohabitation. Y a-t-il urgence et nécessité de les modifier substantiellement ? Je pense pour ma part le contraire. D’autant qu’il est possible de redonner au Parlement une place accrue - c’est officiellement l’objectif de la réforme – sans toucher aux textes. Rien n’interdit au Gouvernement d’être plus ouvert aux propositions parlementaires qu’il ne l’est aujourd’hui. Il lui est loisible de laisser une part plus importante de l’ordre du jour à la disposition des assemblées. Et nos assemblées pourraient faire preuve de plus d’audace, c’est une litote, dans l’exercice de leur fonction de contrôle, avec l’assentiment de l’exécutif, sans qu’il faille modifier le texte constitutionnel. Une modification des règlements des deux assemblées permettrait de grands changements, sans engager un processus de révision constitutionnelle.

Il y a d’ailleurs deux innovations d’importance inégale parfaitement contestables : la première est le droit pour le Président de la République de s’exprimer devant le Parlement. J’ai un peu l’impression que cette volonté réaffirmée relève plus du caprice que du raisonnement. Lorsque le Président de la République revendique ce droit, il répond à la question « pourquoi ? » par un « pourquoi pas ? ». Pourquoi n’a-t-il pas accès au Parlement ? Tout simplement parce qu’il est le garant de l’équilibre des pouvoirs et que c’est le Premier ministre et non le Président de la République qui est responsable devant l’Assemblée Nationale. Cette modification d’un usage aussi vieux que la République fait et fera polémique alors qu’elle est de nul intérêt.

La seconde innovation est le droit de regard du Parlement sur les nominations d’un certain nombre de responsables publics. Ce n’est pas en associant les assemblées que l’on élèvera le niveau des dirigeants d’organismes publics. Le pouvoir de nomination est une responsabilité qui ne se partage pas. C’est une fonction par essence exécutive, qui doit donc rester l’apanage du Gouvernement.

La réforme constitutionnelle est-elle opportune ? Je pense que les Français ne vont pas comprendre que l’on consacre actuellement du temps et de l’énergie à un sujet aussi éloigné de leurs préoccupations. Nous avons des réformes à conduire qui répondent à des nécessités impérieuses : la réforme de l’Etat, sans laquelle nous continuerons à avoir un niveau de dépenses publiques incompatible avec une croissance forte ; la réforme de nos régimes sociaux avec un système de retraite qui est loin d’être à l’équilibre et une assurance-maladie absolument non maîtrisée : la lutte contre l’exclusion et la pauvreté, au sujet de laquelle on parait hésiter à mettre en œuvre le très bon projet de Martin Hirsch…

Bref, il y a matière à un travail gouvernemental, parlementaire intensif, à des initiatives présidentielles nombreuses et appuyées, dans bien d’autres domaines que celui des institutions. Consacrer des semaines à des débats qui apparaitront aux yeux du plus grand nombre comme réservés aux initiés, cantonnés aux professionnels de la politique, me parait inopportun, dans les circonstances actuelles où l’opinion déjà est profondément critique, et où nous avons pourtant besoin de son appui pour mener à bien l’action de rénovation que requiert l’état du pays.


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Service public et partenariat public-privé
Jeudi 29 Nov. 2007

Etant donné la situation de nos finances publiques, l'Etat n'est plus en mesure d'investir comme il le devrait. Et quels que soient les efforts d'assainissement conduits dans les prochaines années, il est inscrit dans les données financières de notre pays que nous ne retrouverons pas, avant longtemps, de nouvelles et importantes capacités de financement. C'est le lot de tout organisme mal géré, déficitaire, endetté de ne pouvoir consacrer suffisamment de ressources à son avenir.

 

Pourtant, les besoins sont nombreux et importants. Nous manquons d'hôpitaux en bon état, nos tribunaux et nos prisons sont souvent délabrés. L'immobilier universitaire est en très mauvais état. Quant aux nouvelles infrastructures de transport, qui pourraient avoir un impact très positif sur la croissance, elles ne se font qu'au compte-gouttes.

Comment concilier l'impossibilité de financer à laquelle l'Etat est confronté et la nécessité de continuer à investir ? La solution s'appelle le partenariat public-privé.

Un des avantages, ce n'est pas le seul, du partenariat public-privé est d'ouvrir les formidables possibilités de financement du secteur privé à l'investissement d'intérêt public.

Prenons quelques cas concrets : une de nos universités a besoin de reconstruire la plupart de ses locaux, vétustes, dispendieux en énergie ; elle a deux solutions. L'une est d'attendre patiemment, budget après budget, que l'Etat lui ouvre des dotations d'équipement. Il faudra vingt ou trente ans pour une rénovation complète, programmée par phases successives et probablement incohérentes, tant il est difficile de mener sur une très longue période des travaux sans perspective certaine quant à leur financement. Mais elle peut aussi contracter un partenariat avec un consortium privé, associant financiers, constructeurs et prestataires de services. Elle obtiendra ses nouveaux locaux en deux ans, conformes au cahier des charges quelle aura défini. Le financement sera assuré par des loyers, payés sur longue période.

S'il s'agit de réaliser une liaison ferroviaire à grande vitesse, le partenariat public-privé est parfaitement applicable, même si le cadre assez contraint des relations entre la SNCF et Réseau Ferré de France est plutôt un obstacle. Mais, le principe est le même : des financiers privés, des entreprises qui conçoivent, réalisent et, dans certains cas, entretiennent l'ouvrage, le financement étant assuré par les péages des opérateurs ferroviaires.

Le procédé est même applicable en l'absence de péage : pour une infrastructure routière, il est possible de confier la réalisation à un partenaire privé, qui percevra de la collectivité un péage virtuel en fonction du nombre de véhicules empruntant l'ouvrage, sans qu'il y ait paiement par l'usager.

Les avantages sont évidents : le financement est assuré par le privé, qui vole ainsi au secours des collectivités publiques, qui peuvent voir des équipements réalisés sans alourdir leur dette ni augmenter leurs impôts. Les constructions sont plus rapides, indépendamment des questions de financement, car les procédures internes à l'administration se distinguent par leur lourdeur et leur lenteur. Les ouvrages sont généralement réalisés à moindre coût, car les règles propres à la commande publique sont un facteur de renchérissement. Enfin, lorsque la conception, la réalisation et la maintenance sont confiées au même opérateur, les résultats sont très largement supérieurs à ceux obtenus en séparant, comme le font les collectivités publiques, les trois fonctions. Lorsque le service associé à l'équipement comporte des aspects commerciaux (gestion d'un équipement culturel par exemple), il est clair que le partenaire privé peut développer des savoir-faire mal maîtrisés dans l'administration.

Bref, il n'y a que des avantages à recourir à ces partenariats public-privé, aujourd'hui très répandus dans le monde, mais qui ont beaucoup de mal à se généraliser en France. Pourquoi ? je pense que l'explication première tient à l'inertie de nos administrations, et aussi aux soucis de celles-ci de ne pas se voir "dépossédées" de leurs attributions. Ceci est une mauvaise analyse. Car il vaut infiniment mieux faire faire efficacement que faire médiocrement.

Quant aux responsables politiques, ils devraient être des promoteurs inlassables du Partenariat Public-Privé. Car, enfin, tous devraient être conscients des limites de nos financements publics, des nécessités d'investir et des faiblesses de la gestion publique. Beaucoup, il est vrai, portent plus d'intérêt aux annonces, aux intentions, qu'à la concrétisation. Et il subsiste aussi cette réticence à faire appel aux entreprises pour assurer une mission d'intérêt public, et pas seulement à gauche.

Pourtant, si on veut bien y réfléchir, le service public se justifie par sa finalité, et non par les moyens auxquels on a recours. Si l'efficacité, au service d'un objectif d'intérêt général, requiert de faire appel au secteur privé, c'est elle qui doit prévaloir.


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Tests ADN et immigration
Lundi 17 Sept. 2007
Nous sommes en droit d'attendre des étrangers qu'ils respectent nos lois sur notre territoire. Mais cette exigence légitime suppose que nous respections les étrangers en tant qu'individus - les droits de l'homme ne s'arrêtent pas aux frontières. L'amendement Mariani, qui vise à introduire les tests génétiques comme éléments de preuve attestant une filiation en matière de regroupement familial, n'est pas conforme à l'idée que je me fais du droit. Ce que nous excluons en droit français ne peut être imposé à des étrangers demandeurs de regroupement familial. La filiation n'est pas affaire de gènes, ou alors faudrait-il considérer qu'un enfant adopté n'est pas un fils ou une fille comme les autres ? Ce qui vaut en droit français doit s'appliquer à ceux qui résident ou vont résider sur notre territoire.
 

D'autant que sur un plan pratique, l'immigration irrégulière concerne très peu les enfants. Monsieur MARIANI n'avance d'ailleurs aucune donnée. Et que dire de la possibilité pour beaucoup d'étrangers de faire procéder à des tests génétiques ? Cela leur serait évidemment impossible financièrement et techniquement, dans beaucoup de pays.

Non, la volonté d'afficher plus de sévérité dans le contrôle de l'immigration ne justifie pas de telles entorses à des principes dont notre pays s'honore.


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Dépense publique, une idée d'économie parmi cent autres
Jeudi 13 Sept. 2007
Je reviens sur un point particulier à propos de décentralisation : le contrôle de légalité qui est une forme de tutelle maintenue de l'Etat sur les collectivités locales. C'est assez technique mais ceux qui ne se sentent pas concernés doivent savoir que des milliers de fonctionnaires, dans les services de l'Etat comme dans ceux des communes, des départements et des régions, se consacrent à des tâches stériles, dépourvues d'intérêt, et même nuisibles. Tous les contribuables auraient avantage à ce que l'on mette fin à cet archaïsme. C'est aussi une illustration d'une vérité : la réduction des dépenses publiques peut non seulement se faire sans recul de la qualité du service rendu, mais, et le paradoxe n'est qu'apparent, par une amélioration des performances de nos administrations. Supprimer un service, une fonction inutile, c'est améliorer l'efficacité de l'ensemble.
 
Qu'est-ce que le contrôle de légalité ? C'est une survivance selon laquelle les collectivités locales sont considérées comme des mineurs incapables. Je m'explique : lorsqu'une entreprise passe un contrat, lorsqu'une association adopte son budget, lorsqu'un particulier inscrit sa fille à un cours de danse, il ne viendrait à l'idée de personne que l'Etat vérifie systématiquement et a priori si les actes en question sont légaux. En revanche, les actes des collectivités locales font l'objet avant leur entrée en vigueur d'une transmission à la préfecture et d'un contrôle obligatoire par les services de l'Etat, comme s'ils étaient entachés d'une suspicion d'illégalité.
Est-ce nécessaire ? Bien sûr non ! Dans une démocratie ouverte comme la nôtre, tout citoyen peut déférer aux tribunaux les actes des collectivités qu'il estime illégaux. Les multiples associations le font très couramment dans tous les domaines qui les concernent.
Le contrôle de légalité améliore-t-il la sécurité juridique ? En un mot, est-il utile? Absolument pas. Un acte accepté par la préfecture peut comme un autre être ensuite annulé par un tribunal ; le contrôle de légalité ne donne aucune garantie.
Le contrôle de légalité n'est ni nécessaire, ni utile, il est en outre néfaste. Au-delà de son coût considérable en nombre de fonctionnaires exclusivement consacré à cette activité, il est source de conflit et de lenteur. Il est le prétexte à une tutelle arbitraire, déresponsabilisante, dont les plus petites collectivités sont les premières victimes. Une petite commune n'ose pas s'opposer au préfet. J'ai en mémoire une affaire qui opposait un groupement de communes de ma circonscription et l'administration qui au nom du contrôle de légalité refusait l'extension d'une zone d'activité économique. Il s'agissait d'une décision de pure opportunité de la part de l'administration, sans aucun motif juridique sérieux. J'avais élevé le ton avec le préfet qui se rendant à mes raisons avait fini par lever ses objections au projet. Aujourd'hui, 6 ans après, la zone d'activité a accueilli de nombreuses entreprises et affiche complet. Que d'efforts pour faire prévaloir le simple bon sens! Tous les jours, dans tous nos départements, Courteline tente d'interdire des projets utiles qui ont le malheur de déplaire à tel fonctionnaire de l'Etat.
Supprimons carrément le contrôle de légalité, aucun pays à part peut-être Cuba et la Corée du nord, ne connaît de telles pratiques! Voilà une réforme qui ne coûte rien, permet des économies substantielles et facilite les réalisations de nos collectivités. Il ne faut pour cela que deux lignes de loi!

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Plaidoyer pour une autre décentralisation
Lundi 10 Sept. 2007
La décentralisation n'est plus à la mode. Sujet complexe, il ne passionne pas le grand public, lequel est d'ailleurs sceptique quant à l'intérêt de confier plus de responsabilités aux élus. Il n'y a, me semble-t-il, ni à l'Elysée, ni au sein du Gouvernement de personnalité animée d'une volonté décentralisatrice. Ni le projet du Président de la République, ni le programme de l'UMP, ne comportaient d'ailleurs de volet significatif concernant les collectivités locales.
Et cependant, il me paraît important d'en parler pour deux raisons : en premier lieu, la décentralisation telle qu'elle a été mise en oeuvre jusqu'à présent est déficiente et appelle une sérieuse réforme. En second lieu, il n'y aura pas de bonne réforme de l'Etat sans transfert important de responsabilités aux collectivités locales...
 
Une première observation : nous sommes atypiques, comparés aux autres démocraties en matière de répartition des pouvoirs entre l'échelon central et l'échelon local. La France reste un pays incroyablement centralisé, même après 25 ans de décentralisation et plusieurs lois adoptées par des majorités de gauche et de droite. Notre éducation nationale par exemple est un organisme unitaire et centralisé, sans équivalent à l'étranger. On dit par plaisanterie qu'elle était l'administration la plus importante après l'armée rouge, et qu'il n'y a plus d'armée rouge ! De la même façon, cela est difficilement imaginable pour un français, il n'existe dans aucun pays démocratique l'équivalent des préfets, représentants de l'Etat central qui se posent en rivaux des élus locaux et jouissent d'une préséance protocolaire sur eux.
Deuxième observation : de tous les responsables en charge des collectivités locales depuis trois décennies, seul Gaston Defferre, grâce à sa longue expérience de maire de Marseille, avait une conception cohérente et déterminée de la décentralisation. Nos texte actuels manquent tout simplement d'une vision d'ensemble.
Aujourd'hui, nous avons besoin d'une vraie politique des collectivités locales. Il est urgent de mettre fin à une situation dans laquelle les responsabilités sont si mal réparties qu'elles nuisent gravement à l'efficacité de l'action publique.
Au lieu de conférer aux collectivités des domaines de compétences, les lois de décentralisation leur ont transféré des domaines de dépenses, ce qui n'est pas la même chose. Prenons l'exemple de l'insertion, et en particulier du RMI, confiée aux départements : on aurait pu imaginer que l'on donne aux conseils généraux la responsabilité globale de la politique d'insertion, d'attribution des revenus de substitution, d'incitation à la reprise du travail. Ceux-ci auraient pris des initiatives, différentes d'un département à l'autre, adaptées à leur situation locale, en étant proches des publics concernés, ce qui en la matière est un avantage considérable. Au lieu de cela, on a donné aux départements la charge d'appliquer des politiques entièrement définies par l'Etat, sans marges de manoeuvre, les décisions étant prises par des commissions dont la composition est fixée nationalement, dispensant des aides dont les règles d'attribution et les barèmes sont parfaitement uniformes, sans aucune possibilité d'initiative.
Quel est l'intérêt d'une "décentralisation" de cette sorte ? Aucun ! Elle ne se traduit pas pour les collectivités locales par de nouvelles possibilités d'agir, mais par de nouvelles possibilités, voire par de nouvelles obligations, de dépenser. Pire, on constate que la dépense publique augmente, sous l'effet de deux facteurs : d'abord les collectivités augmentent leurs effectifs, plus que l'Etat ne diminue les siens. Ensuite, les freins traditionnels de la dépense de l'Etat que constituent sa lenteur à décider, les retards dans la mise en place des crédits... disparaissent et le rythme des dépenses augmente sensiblement.
La conclusion que j'en tire, c'est que la décentralisation doit se traduire par des transferts de champ complet de compétence aux collectivités avec une vraie liberté d'agir. C'est la seule façon d'obtenir les trois avantages de la décentralisation : l'adaptation aux données locales, la diversité dans les initiatives, la possibilité de la sanction par l'électeur. La décentralisation à la française maintient les collectivités dans le carcan de l'uniformité et est impropre à créer un cadre responsabilisant. Je reviendrai prochainement sur ce sujet si important pour notre pays.


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Quelques réflexions sur une prochaine réforme des retraites
Jeudi 30 Août 2007

Nous aurons d'autres réformes des retraites : cela est inscrit dans les données démographiques de notre pays; la réforme opérée par le gouvernement Raffarin, pour courageuse qu'elle ait été, ne règle pas à terme la question fondamentale d'équilibre entre cotisations et prestations. Il ne suffira pas de réformer les régimes spéciaux : plus généreux que le régime général, ceux-ci posent un problème d'équité, mais même leur alignement intégral sur le régime général, à supposer que cela soit la solution retenue, ne procure pas des ressources suffisantes pour assurer un équilibre durable du financement de nos retraites. Va-t-on, comme précédemment, faire une réforme partielle qu'il faudra reprendre au bout de quelques années ? Cela ne me paraît pas la bonne manière de procéder...

 

D'abord parce qu'une réforme inachevée est source d'incertitude et d'inquiétude; ensuite parce qu'elle est source d'injustice: à un jour près, les conditions du départ en retraite peuvent changer considérablement. Enfin parce qu'il existe une autre solution, qui a fait ses preuves à l'étranger et donne toute satisfaction en France, en matière de retraites complémentaires. Cette solution s'appelle la retraite par points. Le principe en est simple : tout cotisant acquiert, année après année, des points de retraite. A tout moment, la valeur du point est ajustée de sorte qu'il y ait équilibre entre cotisations versées et retraites servies. Les bénéficiaires choisissent l'âge de leur retraite : s'ils estiment leur retraite suffisante, en fonction de la valeur du point, ils sont libres de partir avant l'âge fatidique d'aujourd'hui. Si au contraire ils souhaitent une retraite plus importante, libre à eux de continuer à travailler et à accumuler des points. Le système est plus juste que notre régime actuel, et ouvre une liberté de choix de l'âge de la retraite, inconnue aujourd'hui. Il est surtout automatiquement équilibré : il incite à travailler plus longtemps dès que le rapport entre actifs et inactifs se modifie au bénéfice des seconds, puisque le point, dans cette hypothèse, baisse. Mais il s'agit d'une incitation et non d'une obligation. En un mot, c'est un système moderne, sûr et respectueux de la liberté de chacun. Voilà une réforme simple, très acceptable car sa finalité ne peut être contestée: c'est le principe même d'un régime de répartition que d'assurer en permanence l'équilibre financier entre cotisations versées et prestations servies. Elle peut, évidemment, s'accompagner d'un effort de solidarité en faveur de ceux dont la retraite calculée, à partir d'un âge raisonnable de départ en retraite, serait par trop insuffisante.

A propos des régimes spéciaux, qui représentent une charge pour la collectivité, il faut distinguer deux causes dans leurs déséquilibres. L'une tient à leur démographie, l'autre à leurs avantages particuliers.

Lorsqu'un régime de retraite voit le nombre de ses cotisants actifs diminuer plus fortement que le nombre de ses retraités, le déséquilibre financier est inévitable. Il est alors parfaitement justifié que la collectivité intervienne : c'est ce qu'on appelle la compensation démographique. Elle relève d'une élémentaire solidarité.

En revanche, lorsque le déséquilibre financier est imputable à des avantages particuliers (retraites plus élevées que le régime général, départ en retraite plus précoce,...), ce n'est plus une question de solidarité. Hors le cas d'une pénibilité particulière de certains métiers (le régime des marins par exemple), il n'est évidemment pas justifié que la collectivité continue de payer pour ce qu'il faut bien appeler des privilèges.

Enfin, en complément d'un système de retraite par répartition, la nécessité de soutenir les retraites par capitalisation demeure. Celles-ci grâce à l'épargne constituée sont utiles à l'économie et elles augmentent la liberté de choix individuel.


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Oublions la TVA sociale !
Mercredi 29 Août 2007
Après les déboires du deuxième tour des législatives, personne ne sait quel sera le sort de la fameuse "TVA sociale" qualifiée "d'impôt anti-délocalisation" par le Premier Ministre. Je voudrais émettre ici le voeu que cette fausse bonne idée soit oubliée, car elle fait partie de ces sottises inspirées par des raisonnements économiques simplistes et erronnés, comme le fut jadis la politique de réduction du temps de travail.
L'idée de la TVA sociale n'est pas neuve, elle traîne dans les écrits des hommes politiques soit-disant économistes depuis des décennies. Elle consiste à abaisser les cotisations sociales et à augmenter à due concurrence la TVA....


 
Pour les tenants de la TVA sociale, substituer à un prélèvement payé par l'entreprise et ayant pour assiette les salaires, un autre prélèvement payé, lui, par le consommateur sur ses achats, aurait un double effet : un effet sur l'arbitrage capital-travail et un effet sur le commerce extérieur. D'une part, la main d'oeuvre serait moins chère, et donc l'emploi serait favorisé au détriment de l'investissement. D'autre part, les produits importés acquitteraient une TVA majorée et les produits exportés supporteraient moins de cotisations sociales, ce qui favoriserait le commerce extérieur.

Ce qui est très intéressant, c'est de relever que les deux phénomènes invoqués renvoient précisément aux deux discussions économiques passionnées qui ont marqué le dix-neuvième siècle : la machine était dénoncée comme destructrice de l'emploi, et les droits de douane défendus comme protecteurs de l'industrie nationale. Les démonstrations limpides de Frédéric Bastiat, ont, à l'époque, fait litière de ces raisonnements pré-logiques. Mais la sottise a la peau dure et aujourd'hui encore, beaucoup, y compris au niveau gouvernemental ou dans la haute administration, sont convaincus que toute mesure pénalisant fiscalement l'investissement au profit de la main d'oeuvre est une bonne mesure et que de la même façon, pénaliser l'importation est protecteur et salutaire.
Comme souvent, on peut aisément se convaincre que quelque chose "cloche" dans le raisonnement en le poussant plus loin. Je me souviens que les partisans des 35 heures étaient sans voix lorsque, acceptant par hypothèse que la réduction du temps de travail était génératrice d'emplois, on leur demandait s'il n'était pas judicieux de passer rapidement à 30 heures puis à 25 heures pour éradiquer définitivement le chômage! De la même façon, j'attends avec impatience l'instauration d'une réduction des salaires financée par l'Etat grâce à une hausse massive de la TVA, ou, s'agissant du commerce extérieur, un retour à ces droits de douane chéris des industriels de l'avant-dernier siècle.

La vérité est qu'il n'y a aucune raison objective d'opérer un transfert de prélèvement dont les conséquences sont d'ailleurs beaucoup moins évidentes qu'on ne le pense généralement. Lorqu'on baisse un impôt apparemment payé par l'entreprise, qui en définitive en bénéficie? L'entreprise, par la hausse de son résultat? le consommateur, si la concurrence est suffisante, grâce à une baisse des prix? le salarié de l'entreprise, si le marché du travail est ponctuellement tendu? ce que je sais en revanche, de manière certaine, c'est que ce n'est pas l'industriel chinois qui paie la TVA sur les produits qu'il exporte en France, mais le consommateur français...

Et pour rester dans les observations simples (mais pas simplistes !) croit-on sérieusement que la baisse de quelques points des cotisations sociales compense des écarts de salaires entre la France et la Chine de un à vingt ? impôt anti-délocalisation disait l'autre ....

Le chômage ne tient pas à des salaires trop élevés, pas plus que le déficit du commerce extérieur ne tient à une surévaluation de l'euro. De nombreux pays voisins, dont les salaires y compris les charges, sont plus élevés que les nôtres, ont un chômage pratiquement inexistant. Et de nombreux pays de la zone euro connaissent un fort excédent de leur commerce extérieur.

En revanche, au regard de notre compétitivité, nous avons en France un vrai problème de poids excessif des prélèvements. Peu importe, économiquement, la manière dont ils sont prélevés! Ayons (enfin!) une gestion intelligente et sérieuse de l'Etat, de l'assurance-maladie, et nous réduirons nos prélèvements, donc améliorerons notre compétitivité : ce sera bon pour l'emploi, ce sera bon bon pour le commerce extérieur et nous pourrons laisser les idées d'un autre siècle au placard bien garni des imbécillités économiques!

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Pour une évaluation parlementaire des politiques publiques
Vendredi 27 Juillet 2007

Le contrôle de l’exécutif est une mission traditionnelle des Parlements. Dans notre organisation institutionnelle française, le Parlement l’exerce par divers moyens : questions orales et écrites au Gouvernement, commissions d’enquête, contrôles spécifiques de l’exécution de la loi des finances…Cette mission ancienne reste d’actualité. Elle est d’ailleurs inséparable de la fonction première du Parlement, celle du législateur : celui qui vote la loi doit pouvoir vérifier que sa volonté a été respectée et contrôler son application.

Cependant est apparue plus récemment une notion plus étendue que celle de contrôle, la notion d’évaluation. L’évaluation consiste à mesurer l’efficacité des politiques publiques, la réalisation de leurs objectifs, à apprécier leurs effets directs et indirects, voulus ou subis, en considération de leurs coûts. Dans le monde contemporain, il est désormais admis qu’une politique publique doit faire l’objet d’une évaluation.

 

La nécessité de l’évaluation s’impose d’abord pour une raison évidente : les politiques publiques ne subissent pas la sanction du marché. Le résultat financier n’est pas là pour établir que les orientations étaient bonnes ou mauvaises. Le « consommateur » de politique publique n’est généralement pas libre d’aller voir ailleurs. Si une théorie du marché politique a été développée, celui-ci n’est pas comparable au marché économique, la sanction étant globale et différée jusqu’à la fin du mandat.

D’autant que nos politiques publiques sont de plus en plus complexes et leur efficacité de plus en plus difficile à apprécier. Comment, par exemple, évaluer de prime abord l’efficacité de la politique publique de l’emploi : ses composantes sont multiples et leurs impacts respectifs difficiles à cerner dans le résultat global qu’est le taux de chômage. Quel est l’effet de la conjoncture économique, quel est celui de la qualité du service public de l’emploi, de l’offre de formation professionnelle ou encore des variations démographiques ou de l’immigration ? Evaluer une politique de l’emploi appelle des études approfondies, des investigations particulières, bien au-delà de la lecture de quelques indicateurs économiques.

En même temps, tous les pays européens et le nôtre en particulier sont confrontés à la nécessité de la maitrise de la dépense publique. Dès lors, l’efficacité des politiques devient une préoccupation majeure : pouvoir abandonner des actions de faible efficacité, choisir entre les modes d’intervention suivant leur rendement, voilà des objectifs assignés à l’évaluation.

Enfin l’évaluation répond à une demande légitime des citoyens dans une démocratie, celle de savoir, pour parler trivialement, s’il en a pour son argent. C’est une réponse « modernisée » à une question ancienne. C’est en définitive, obéir à l’exigence de l’article XV de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».

Malgré toutes ces raisons, de principes et pratiques, qui militent en faveur de l’évaluation, notre pays n’est pas en avance dans la mise en œuvre d’une évaluation systématique de ses politiques.

Il faut dire que nos administrations n’y sont pas spontanément portées. Une longue tradition conforte l’Etat dans l’entretien d’un dogme de quasi-infaillibilité. L’élitisme de la haute fonction publique y concourt. L’Etat supporte mal d’être contrôlé, jugé et par conséquent évalué. Un fait symptomatique : ceux qui sont chargés de juger les actes de l’Etat (les magistrats des juridictions administratives) et de le contrôler financièrement (ceux de la Cour des Comptes) appartiennent à la même cléricature d’Etat que les dirigeants des administrations, l’énarchie.

Il est également notable dans notre pays que l’expertise sur les politiques publiques n’existe pratiquement qu’au sein de l’administration. Contrairement à d’autres pays, où se sont développés au sein des universités ou de fondations privées de véritables centres d’expertise sur les grands domaines de l’action publique, consultés par les gouvernements et les assemblées parlementaires, on s’en remet chez nous aux chiffres et aux analyses qui proviennent de l’Etat. Or, l’auto-évaluation n’est pas un gage d’objectivité et l’on observe en France une difficulté à remettre en cause l’existant. La faiblesse de l’évaluation publique y est certainement pour quelque chose, de même que l’absence de diversité des sources de réflexion et d’information.

Nous avons aussi ce qu’on peut appeler une certaine « culture de la dépense publique », qui n’aide pas à comprendre à quel point l’évaluation est nécessaire. Le discours syndical, politique, médiatique dominant réclame « plus de moyens », comme si l’augmentation de la dépense était la seule manière d’accroître la qualité des services offerts.

Enfin, notre Parlement, par rapport à d’autres, ne s’est jamais vraiment concentré sur ses missions de contrôle. Avec des ordres du jour surchargés, un travail législatif extraordinairement consommateur de temps, le contrôle est le parent pauvre de l’activité parlementaire française.

Pourtant ma conviction est que seul le Parlement peut être le centre d’impulsion d’un véritable travail d’évaluation dans notre pays. D’abord parce que c’est son rôle. Ensuite, parce que l’Assemblée Nationale et le Sénat ont montré avec l’élaboration et l’adoption de la LOLF, qu’inspire à l’évidence une logique d’évaluation, que les parlementaires étaient en avance sur les responsables de l’administration dans cette prise de conscience nécessaire. Le Parlement a aussi cet avantage qu’il peut faire appel à des organes d’évaluation extérieurs à l’administration, tout en ayant accès à toutes les données dont celles-ci dispose.

Enfin, à un moment où de tout côté on évoque un renforcement du poids du Parlement au sein de nos institutions, l’évaluation, conduite sur une large échelle, publiquement et systématiquement peut conférer à nos Assemblées un rôle renouvelé.

Dans ce contexte, il est urgent que des propositions soient faites : comment la mission d’évaluation pourrait être conduite au sein de l’Assemblée Nationale ?

Pour ma part, je suggère une organisation régie par les principes suivants :

- pour que cette mission d’évaluation soit bien identifiée, officiellement reconnue, elle doit être conduite par un organe permanent, constitué au sein de l’Assemblée, dénommé office parlementaire d’évaluation des politiques publiques. Elle doit réunir des députés membres de toutes les commissions, car l’évaluation concerne toutes les politiques. Son approche doit être plus large que celle de la commission des finances et de la mission d’évaluation et de contrôle, cette dernière devant du coup disparaître (comme d’ailleurs la MECSS). Bien entendu, l’opposition doit être présente, y compris me semble-t-il dans le bureau de l’office.

- l’office doit compter un nombre restreint de personnels permanents. Ce n’est plus une méthode admise que d’avoir des professionnels de l’évaluation, capables de déployer une expertise dans tous les domaines d’actions de l’Etat. L’office doit procéder systématiquement par appels à projet : s’interrogeant sur telle situation, sur tel mode d’action, souhaitant savoir comment procèdent nos voisins européens, l’office sollicite tous ceux qui sont susceptibles d’apporter une valeur ajoutée. Les réponses viendront d’organismes publics ou privés, de centres de recherche, d’universités. Nul doute que ces appels à projet stimuleront une capacité d’expertise extérieure à l’administration, qu’ils aideront à un renouvellement des approches, des idées, des façons de voir les choses. L’ouverture internationale sera la règle, tant en ce qui concerne les références, les comparaisons (Benchmarking) qu’en ce qui concerne les intervenants.

En s’emparant résolument de l’évaluation de nos politiques, l’Assemblée peut jouer un rôle réellement important dans l’évolution de l’action publique et se faire entendre de l’opinion.


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Universités : pourquoi une loi ne suffit pas
Mercredi 25 Juillet 2007
Une loi ne devrait pas être une fin en soi. Elle n'est somme toute, qu'un instrument juridique au service d'une politique. Des politiques nouvelles, importantes, peuvent être conduites sans modification de la loi. Cependant ces politiques souffriront d'une tare, rédhibitoire dans notre démocratie médiatique : elles resteront inaperçues. La loi est devenue un point de passage obligé, un signal repérable, qui indique que l'on fait quelque chose ! Pour réformer nos universités, une loi est nécessaire, mais elle est bien sûr loin d'être suffisante.


 
Nécessaire, la modification de la loi de 1984, dite loi Savary, l'est incontestablement en ce qui concerne ce qu'il est désormais convenu d'appeler la gouvernance des universités. Depuis 1968 et la loi Edgar Faure, nos universités vivent sous un régime que l'on peut à bon droit qualifier d'auto-gestionnaire. Le président est l'élu des différentes catégories composant l'université, enseignants-chercheurs, étudiants et personnels non enseignants. Les décisions sont le fait de conseils où siègent très majoritairement les représentants de ces catégories. Est-ce raisonnable ? Personnellement, je ne le crois pas. Imagine-ton un société industrielle ou une grande entreprise publique dirigée non par un conseil d'administration mais par un comité d'entreprise ? Si une entreprise et une université ne peuvent être exactement comparées, le responsable d'un établissement d'enseignement supérieur ne doit pas subir pour chacune de ses décisions les pressions des syndicats, avant tout soucieux, et on ne peut le leur reprocher, de l'intérêt direct et à court terme de leurs mandants. Sur ce point, je trouve le texte actuellement en discussion au Parlement assez timide !

En effet, la place des personnalités extérieures au sein du Conseil d'administration est seconde. Elles ne participent pas à l'élection du président. La majorité des représentants élus des catégories demeure forte. Le scrutin de liste pour leur désignation fait la part belle aux syndicats. Or, on attend des administrateurs d'une université non des prises de positions syndicales, mais la mise en oeuvre d'une politique de long terme pour leur établissement. Avec cette loi, nous allons rester très éloignés des standards internationaux en la matière, où la fonction de représentation des catégories composant l'université est généralement distincte de l'administration proprement dite de l'établissement.

La modification de la loi est aussi nécessaire pour accroître les prérogatives dévolues aux organes dirigeants (Président et conseil) de l'Université. Je ne regrette pas que cet accroissement soit somme toute assez timide dans le texte actuellement discuté, eu égard aux changements également limités dans le mode de désignation des présidents.

Mais reste que la loi n'est pas tout. Elle pose des normes de fonctionnement, qui ne sont pas sans effet sur les choses. Pour autant, la loi ne fait pas à elle seule les réalités. Et on ne peut faire l'économie d'une analyse très précise de la situation de notre enseignement supérieur, de ses carences, pour concevoir une politique de l'Université.

Avant toute chose, un constat me paraît s'imposer : notre offre d'enseignement supérieur est profondément inadaptée. Elle l'est pour un nombre important d'étudiants, qui ne trouvent pas les formations qui conviennent à leurs aptitudes. Elle est inadaptée aussi s'agissant des débouchés, au sens où globalement le profil des diplômés ne correspond pas bien aux besoins de notre société et plus particulièrement de notre économie.
C'est l'université, notamment parce qu'on s'y inscrit librement, qui concentre les manifestations tangibles de cette inadéquation profonde. L'échec dans le premier cycle, la difficulté des diplômés à trouver un emploi en sont les deux plus frappantes. Elles ne sont pas les seules : la difficulté des universités à développer des recherches partenariales peut être citée. La très faible place de la formation continue en est une autre.

Dès lors, il ne suffit pas que les universités soient des acteurs "libres et responsables", ce qui sera à démontrer dans les prochaines années. Encore faut-il que l'Etat, qui garde la main en matière de financement, indique clairement quels sont les objectifs et se donne les moyens d'influer sur les comportements des acteurs de l'enseignement supérieur. Il ne suffit pas d'inscrire dans la loi que les universités ont pour mission l'insertion professionnelle. Cela sera en soi de nul effet.

Les deux sujets principaux sont à mon sens les suivants :
  • Comment accueillir utilement dans l'enseignement supérieur des bacheliers qui aujourd'hui échouent, non seulement comme on le dit, à l'université, mais comme on le sait moins dans les classes de BTS ?
  • Comment réorienter massivement des filières généralistes trop nombreuses aujourd'hui, et pas seulement dans les sciences humaines et sociales, vers des formations plus professionnalisantes, qui facilitent l'entrée des diplômés sur le marché du travail ?
Mais cela, c'est un plus long, et un peu plus compliqué, et beaucoup moins médiatique qu'une loi !

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Exigences de réforme
Lundi 16 Juillet 2007
La réforme est consubstantielle à la politique. Qui se propose d'accéder au pouvoir pour seulement l'exercer ? Personne n’est assez conservateur pour n’être pas, en même temps, et au moins en parole, réformateur. Les Français, vieux peuple blasé, éprouvent des sentiments contradictoires : tous aspirent à de profondes réformes, chacun ayant bien sût son idée sur ce qu’elles doivent être. Beaucoup cependant considèrent l'exercice comme voué d’avance à l'échec. Il est vrai qu'ils en ont vu des réformes promises et non engagées, des réformes engagées et bientôt retirées, des réformes maintenues et bientôt avortées, quand une alternance ne vient pas condamner celles qui auraient eu une chance de réussir !
 

Toute réforme connaît trois phases, dont le bon accomplissement est nécessaire : la conception, l’adoption, la mise en œuvre. De la profondeur de la phase de conception, de l’habileté de la phase d’adoption, de la persévérance de la phase de mise en œuvre, dépendra le succès. Si l’une est défaillante, à l’évidence, rien ne sera réussi. Et pourtant…

La conception d’abord.
A rebours de l’idée reçue, il n’y a pas, sur l’étagère, de solutions toutes prêtes à tous les problèmes de gouvernement. Avant d’y avoir beaucoup et personnellement travaillé, personne ne sait quelle est la bonne réforme des retraites, de l’école, de l’assurance-maladie, de la justice ou de l’université. Oh, bien sûr, les partis ont leurs programmes et les candidats leurs propositions. Je ne fais de mauvais procès à personne en disant qu’ils sont sommaires, qu’ils manquent parfois de pertinence, et constituent rarement des guides complets pour l’action. Oh, bien sûr, l’administration a dans ses tiroirs ou ses cartons ce qu’elle appelle des projets et dont la finalité unique est la préservation de son pouvoir. Non, la réforme se pense, longuement, profondément, et sur celui qui est en charge, aux responsabilités, peut en définitive en assurer la conception. Une réforme dont l’auteur n’est que partiellement, superficiellement ou récemment convaincu ne peut être une bonne réforme.

L’adoption ensuite.
Pour tout observateur de notre vie publique, la phase d’adoption d’une réforme est évidemment cruciale. Pour l’avoir mal préparée, combien de Gouvernement ont été condamnés au repli ou à l’abandon. L’évaluation des rapports de forces, la recherche d’alliés, la création d’un climat médiatique favorable sont des préalables à une adoption sereine. Cela peut paraître relever de l’évidence. La vie des Gouvernements montre cependant que c’est souvent l’improvisation la plus totale que sont présentés des réformes pourtant sensibles. Il est vrai que « l’organisme » social français est doté de puissants anti-corps, qui s’opposent efficacement à toute innovation.

La mise en œuvre, enfin.
Le vote d’une loi, aussi bien inspirée soit-elle, ne suffit pas. L’adoption des textes d’application non plus. Encore faut-il que la mise en œuvre soit continue, attentive et persévérante. Des nominations malheureuses, et les meilleures intentions du monde peuvent être dévoyées. Un instrument utile théoriquement pour la gestion publique peut être bien ou mal employé, comme le montre par exemple la loi organique sur les lois de finances. Bref, le succès d’une réforme se joue aussi tous les jours, et bien longtemps après son annonce. Or, dans notre système public, tout ou presque s’oppose à la réussite de la mise en œuvre : les hommes politiques se désintéressent généralement de la gestion, qui n’est pas valorisante. Le temps politique est un temps court, heurté et pas seulement en cas d’alternance. Combien de ministres restent en place le temps d’une législature ? L’administration indispensable dans la mise en œuvre, est toujours lente, par habitude, et fréquemment hostile, car conservatrice dans l’âme. Quant aux médias, l’immédiateté est plus leur mode que la durée.

Ce n’est pas un hasard si la réforme est difficile en France, plus difficile sans doute qu’ailleurs. Les mœurs politiques, la formidable inertie de l’administration, la légèreté de l’esprit public, l’orientation générale des médias, ne sont pas faites chez nous pour la favoriser. Mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.


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